8 mars 2016

CERTAIN WOMEN - Kelly Reichardt (2016)

8 mars 2016

J’ai enfin terminé Certain Women sur mon MacBook.

Je suis doucement déplacé.

Ces trois histoires de femmes debout tout en endurance. La touche sensorielle du montage de Kelly Reichardt. La présence de Lily Gladstone, rien que sa présence. Tout cela m’a remodelé.

J’entends différemment. Les sons me viennent plus doux et plus clairs. Il y a un bruit feutré par le faux bois du motel, c'est la TV de la chambre voisine. Ça ne me dérange pas. C’est tout mon corps qui semble poreux au son. Je sens la rondeur du son que la couette de coton ne produit pas. Je sens ce que les rideaux ne murmurent pas.

Que mon long voyage connaisse ce moment de grâce me comble.

Sous influence, je me couvre de ma parka pour rejoindre la fine neige. 

La porte qui doucement claque derrière moi, mes pas étouffés par la moquette du couloir, le bourdonnement blanchi des vending-machines, des salutations qui sonnent contre les vitres de l’accueil. Une fois dehors,  je remonte la 27th Street pour rejoindre Bernie’s Diner. La nuit est noire et tout sonne si clair.

J’arrive devant un terrain de basket d’où monte un hip-hop old-school. Cinq hommes passent la soirée autour d'une table de picnic. Deux sont assis dessus, trois en face. Il y a des boissons, à fumer, un Doberman qui les écoute rire. J'absorbe l’instant à travers le grillage comme si je le vivais. Je perçois leur conversation… l'un fait des pas de popping… je crois reconnaître la musique… je pourrais les rejoindre. Pris dans un plan de Jim Jarmusch, debout sur le trottoir - mes pieds refroidis vont bientôt me porter au diner. Je déroule mentalement la série des auteurs indépendants des années quatre-vingt dix. Kelly Reichardt les surpasse.